Mourir dans la dignité, un progrès de civilisation

Publié le par veni creator

 

Un de nos candidat à la présidentielle a déclaré: "Je suis pour le droit à mourir dans la dignité», car l’euthanasie ou le suicide assistée est un "acte de compassion(…) pour soulager "non la famille, mais la personne"


C’est touchant. C’est beau. C’est généreux. Il y a des gens qui souffrent et il faut attendre notre époque moderne, pour enfin trouver des solutions auxquels aucune civilisation n’avait jusque là pensé.

 

Les « intellectuels » qui veulent rendre légitime leurs propos sans faire trop d'effort, nous le rappelle régulièrement: si le progrès de civilisation avance si lentement c’est parce que nous subissons encore les affres de cette maudite culture judéo-Chrétienne. Tout comme en matière de sexualité, d’écologie, d’économie, de droit de l’homme, nous devons nous affranchir d’une civilisation qui a fait naitre tout de même le nazisme ( même si les nazis tout comme les communistes exécraient la civilisation Chrétienne, mais ça ce n'est qu'un détail !), qui a persécuté les minorités et qui n’a jamais eu l’idée de proposer sa compassions et le soulagement aux personnes en fin de vie . Rendez-vous compte, il a fallu tout de même attendre 2000 ans pour qu’enfin une civilisation supérieure propose de soulager les« vies indignes d’être vécues ».

 

En ces temps de crise économique, l’euthanasie ou le suicide assisté est sans doute le progrès de civilisation dont nous avions tant besoin.

 

Notre généreux candidat, sans le vouloir, semblerait ainsi donner raison à son adversaire, cet odieux ministre, qui a osé affirmer que les civilisations ne se valent pas ...


La naïveté d’un homme politique pourrait avoir quelque chose de rassurant, mais dans ce cas, lorsque une fausse bonne idée vient répondre à un vrai faux problème c’est plus inquiétant.

 

Vrai faux problème, car ce n’est pas de l’euthanasie dont il devrait être question mais du statut des personnes malades ou enfin de vie dans une société ou tout doit être utile et rentable, de la vraie demande qui se cache derrière la demande de mort qui n’en est rarement une.

 

Fausse bonne idée, car visiblement, notre pays n’est pas apte à débattre et légiférer  sur ce genre de sujet. Dans le non débat médiatique actuel, il n’y a pas d’espace pour la réflexion et le vrai « libre choix » à se faire une opinion: au fur et à mesure des reportages, des émissions, des «  débats » que l’on nous impose depuis des années, l’émotion sert d’argument, les exceptions servent à légitimer et généraliser. L’euthanasie semble la seule et unique réponse possible face à ce que l’on nous explique être  « la perte de la dignité ».  Soit nous nous rallions du coté de ceux qui militent pour la dignité et la compassion, soit nous ne sommes que d’affreux rétrogrades ou  sans cœur,  un ennemi du genre humain.

 

Et gare à vous si vous ne partagez pas l’idée que l’euthanasie est bonne pour le genre humain ! La présomption d’égoïsme indigne vous sera accordée. Il ne servira alors à rien d’essayer d’en débattre dans les grands médias : ceux qui prônent le dialogue et la tolérance auront déjà posé leur verdict, on ne dialogue pas avec de toute façon avec un intolérant.


Vous pouvez bien sûr foncer tête baissé sur une radio quelconque qui donne la parole à ses auditeurs, y développer une série d’argumentaires pour tenter de convaincre vos interlocuteurs, mais vous risquez  de vous heurter à un mur puisque vous avez tort d’être du mauvais côté et de penser mal.


Cela ne veut pas dire pour autant que le débat n’est pas possible ! Mais nous avons à faire à des personnes sincères persuadés de se battre pour améliorer le sort de l’humanité.

 

Pour en revenir à notre naïf personnage politique, il est tout de même assez rigolo que ce soit une personne sensée parler au nom du peuple, de la laïcité, contre la bourgeoisie et ses valeurs qui fasse référence, pour se justifier à un concept éminemment chrétien.


 Nos laïcs bien-pensants seraient-ils alors d’affreux réactionnaires papistes ? Rassurons-nous ? La dignité telle qu’elle est entendue dans ce contexte est une notion peu chrétienne et fondamentalement bourgeoise.


 Le philosophe Eric Fiat montre que la notion de dignité, telle qu’elle est avancée dans ce « débat », n’est pas vraiment Chrétienne, ni Kantienne : elle puise sa source dans une conception Bourgeoise de la dignité. Celle-ci n’étant pas considérée comme intrinsèque à la personne humaine mais comme dépendant de son, état, de la maitrise de sa vie, de ses apparences ou de sa conduite.  Ce serait cette conception « bourgeoise » de la dignité qui amènent nos contemporains encore aujourd’hui à considérer «  que l’incontinence est une perte de dignité. Interrogez volontiers les gens dans la rue : « Moi, avec des couches ? Non il faut que cela s’arrête avant… je veux mourir dans la dignité ! » La perte des maîtrises serait une perte de dignité. »


Pour Eric Fiat la conception bourgeoise de la dignité nous amène ainsi à considérer que certaines vies seraiet plus dignes que d’autres : « Si le thermomètre mesure la température, le « dignitomètre » mesure la dignité. Le bourgeois ne sort jamais dans le monde qu’avec cet appareil à mesurer la dignité des gens. Evidemment, le polyhandicapé, le dément, celui qui ne maîtrise pas ses gestes, ses sphincters, son corps n’aura pas, lui, très gros sur le « dignitomètre ».

 

En fin de compte être pour l’euthanasie au nom du principe de dignité, c’est adhérer à des valeurs bourgeoises, capitalistes voirs fachistes  puisque selon Eric Fiat  " dire que la dignité d’un homme dépend de sa conduite, cela vous oblige à avoir une conception que je qualifierai de discriminante et hiérarchisante de la dignité. Telle est la conception bourgeoise de la dignité !(…) Pourquoi ? Si c’est la conduite qui fait la dignité, alors seuls sont dignes ceux qui se  conduisent dignement et ceux qui se conduisent de manière indigne sont indignes. (…)Discriminante, pourquoi ? Parce qu’il y a des gens dignes et des gens indignes ! Hiérarchisante, pourquoi ? Parce que parmi ceux qui sont dignes, certains le sont un peu, d’autres beaucoup, d’autres passionnément, d’autres à la folie, d’autres pas du tout !"

 

C’est vrai que la dignité c’est important pour un bourgeois qui s’ignore. Hitler dans sa compassion bien connue disait lui-même que l'euthanasie mise en place dans  "les maisons de compassions et d'amour" devait aider les personnes dont « la vie était rendue indigne d’être vécue » .


Quoi, me direz-vous, c’en est assez ! Les donneurs de leçons humanistes, les nouveaux moralistes seraient au service de valeurs bourgeoises,  des petits bourgeois ? Pas possible, c’en est trop !

Nos moralistes qui se disent héritier de la révolution française, devraient se rapeller qu’elle a été initiée par la bourgeoisie,  pour la bourgeoisie, au nom du peuple qui n'avait pas grand chose à dire puisqu'on parlait à sa place. Au final c’est le peuple qui en a payé le prix à coup de guillotine. Une manière comme une autre de vouloir son bien.

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Publié dans euthanasie

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