Tour de passe-passe et réflexes pavloviens

Publié le par Alain Versedetout

 

La presse avait finalement bien été obligée de relater les faits. Les réseaux sociaux ainsi que les quelques organes d’information non inféodés au système grouillaient de photos, de vidéos, de témoignages révélant les dérives de ce qui ressemblaient de plus en plus aux méthodes d’un état policier. 

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Les arrestations arbitraires pour port de tee-shirt ou le look « contestataire » insupportable (chemisette, jupe plissé, absence de piercing, sourire et joie de vivre assumée dans la contestation) commençaient à faire du bruit à l’étranger, jusque dans les couloirs de l’ONU.


Les manipulations grossières afin de décrédibiliser les manifestants, semblaient même ne plus tellement avoir d’impact sur les faiseurs d’opinion officiels : pire, certains défenseurs des libertés commençaient à dénoncer la supercherie : trop de témoignages et de vidéos montraient clairement que les « militants d’extrême droite » accusés d’avoir molestés des journalistes et cassés du CRS, avaient pu fuir le service d’ordre de la manif pour tous, en se cachant derrière les cordons de police qui les laissaient passer lorsqu’ils sortaient leurs brassards orange…


Certes le bobo acquis à la cause, était toujours convaincu que les manifestants ne pouvaient être que d’horribles homophobes au relan de fascisme nauséabond (France info avait quand même fait de la pédagogie), mais la presse Française croyait encore à son indépendance, et elle détestait quand elle réalisait avoir été manipulée.


Il fallait donc absolument réagir, et le président avait au départ  hésité à utiliser l'arme fatale de feu François Mitterrand: non pas en raison de sa difficulté à prendre des décisions car Manuels Valls savait parfaitement se charger de la salle besogne, non pas que prendre pour modèle les méthodes iniques d’un de ses illustres prédécesseurs posait problème à sa conscience, mais plutôt par ce que agir comme François Mitterrand savait si bien le faire, c'était aussi se rappeler qu'à l’époque, ce dernier avait fini par abroger la loi Savary en plein cœur de la torpeur estivale, alors que lui François Hollande,ne pourrait jamais s'autoriser à le faire. François Mitterrand n'avait pas le lobby LGBT sur le dos, et Pierre Berger n'était pas encore son ami.


A chaque fois que les affres des affaires l'imposait, tonton avait eu le génie de recourir avec une habileté machiavélique à cette arme fatale. Non seulement "les chiens" qu'il méprisait profondément tombaient à chaque fois dans le panneaux, mais la droite la plus bête du monde s'y prenait elle aussi les pieds, jusqu'à devenir complice malgré elle de la gauche et de son terrorisme intellectuel.


_d_a.jpgL'ancien vichyste devenu président était devenu ainsi un maître en tour de passe-passe: dès que les regards étaient un peu trop braqués sur les affaires de gros sous du parti, les écoutes téléphoniques du président, sa santé, sa police politique ou sa fille cachée, il s'arrangeait pour détourner les regards et concentrer les attentions sur un sujet qui faisaient généralement son petit effet chez les anciens trotskystes et chez les communistes: le danger fasciste était toujours rampant, l'extrême droite (qu'il avait volontairement aidé à remettre en selle grâce à la proportionelle) menaçait la république. Au départ de l’affaire du rainbow warrior n’avait-il pas explicitement accusé l’extrême droite d’en être à l’origine ? Lors de l’attentat de la rue des rosiers, il avait été utile de dénoncer l’antisémitisme rampant et le retour de la bête immonde, même si on savait très bien que celui-ci avait été organisé par des palestiniens soutenus par une frange de l’extrême gauche. Lors des profanations de Carpentras, là aussi la récupération politique avait été efficace : le ministre qui, par hasard était en déplacement dans la région, s’était rendu immédiatement sur les lieux avec une cohorte de journaliste, la gauche avaient organisé rapidement sur place, des « manifestations spontanées », au grand dam des enquêteurs qui avaient assistés, impuissants, au saccage des lieux du crime, devenus inexploitables en matière de recherche d’indice.


La peur de la peste brune avait aussi permis d’endoctriner d’éveiller la conscience de la jeunesse de l'époque à la cause, ce qui étaient bien pratique quand on avait rien à leur proposer. Telle une poule protégeant ses poussins sous ses ailes, la république socialiste des années 80 s’était présentée comme le seul rempart possible capable de protéger la jeunesse du fascisme rampant. En bon père parent-1 protecteur elle avait donné à loisirs à ses collégiens et lycéens de beau joujoux sensés les distraire et détourner leur attention. Les années SOS racisme avaient ainsi nourri au biberon une jeunesse boutonneuse en mal d’idéal, et permis de leur faire oublier l‘échec du Mitterrandisme et sans doute de favoriser la réélection d’un président qui avait ruiné et divisé la France.


Au fond de lui, donc, le modèle des années Mitterrand restait une référence absolue. Tonton n’avait-il pas réussi à affaiblir la droite sans débat d’idées : il avait suffi de rétablir la proportionnelle, et de s’offusquer comme une vierge effarouchée dès que l’on parlait de sécurité, de famille ou de frontières pour bâillonner l’opposition et remonter dans les sondages ? Détourner l’attention des vrais débats et la polariser sur une menace fantomatique ; n’était-ce pas un bon moyen d’éviter de parler des sujets qui fâchent ? Du grand art, du génie.

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Puisque les manifestants osaient dénoncer les velléités de l’état à vouloir contrôler l’esprit des enfants, le travestissement du sens des mots et des réalités, les manipulations grossières, la désinformation et le mépris dont le gouvernement faisait montre à leur égard, il fallait réagir avec force.

 

Cela ne suffisait plus de leur apporter comme seule réponse des présomptions d’homophobie, de fascisme ou de refus de la modernité. Cela commençait à lasser, l’écran de fumée commençait à se dissiper. Les médias commençaient à pointer du doigt l’augmentation du déficit, à dénoncer les hausses d’impôts déguisées, les incohérences en matière de politique européenne, la fumisterie de la « refondation de l’école », à révéler les supercheries et les abus de pouvoir.


Une tactique à la sauce Mitterrand s'imposait donc.


En bon adepte de Pavlov qui avait montré comment on pouvait conditionner un chien et le faire saliver malgré l’absence de nourriture le ministre de l’intérieur avait bien préparé le terrain: dès le mois de janvier, il avait ressorti le GUD de son placard expliquant qu'ils étaient de retour et que c'était le vrai visage de la manif pour tous. C’était sympa, ça n’avait pas coûté cher, ça avait un rien de nostalgique, ça ne mangeait pas de pain et ça avait le mérite de déclencher les réflexes conditionnés d’une presse aux abois et d’une jeunesse d’extrême gauche paranoïaque prête à en découdre avec les méchants nazis.


e7a1ce4c-c550-4d5d-b2e4-8b613976021c.jpgSi l’opinion publique n’avait pas tellement réagi aux stimuli, les fabricants d’information, les bobos et les moutons gauchisants eux, en avait salivés.

 

 

 

 

 

Au fur et à mesure des interviews, on avait donc distillé les petites phrases et les allusions qui finiraient bien par déclencher quelque chose, mais restait encore à avoir un bon  prétexte.


Et puis enfin, le prétexte arriva. Un fait divers dramatique, une bagarre entre crétins qui tourne mal. Cela suffisait pour enfin appuyer sur le détonateur et mettre en application les leçons du maître. La fin de la récréation pouvait  être sifflée, on pourrait en appeler au front républicain, à la nécessité de sauver la nation en danger et cristalliser l’opinion sur un ennemi fantomatique, voilà qui aurait le mérite d’étouffer les velléités de contestation.

 

Le stimulus s’était donc enfin présenté, les chiens de Pavlov avaient réagi comme on l’attendait : l’indignation, les dénonciations, les amalgames et les simplismes suffiraient à couvrir l’actualité, à faire oublier l’annonce du déclassement de la France en 1 année.

 

Les anciens lycéens et collégiens devenus adultes et fabricants d’opinions allaient revenir au bercail, rugiraient comme un seul homme, et partirait alors au combat pour la reconquête. Du moins on l’espérait.


tableau-animaux-chien-lisant-le-journal-copie-1.jpgLes chiens avaient enfin eu leur os à ronger. Il ne fallait surtout pas avoir de scrupule de traiter les journalistes comme des chiens. Mitterrand n’avait-il pas en son temps expliqué qu’ils étaient des chiens ? Des chiens méprisés par leur maîtres certes, mais des chiens fidèles, qui finissent toujours par revenir à la niche quand on les siffle, et pourquoi pas par coucher dans leur lit si on les flatte.

 

L’unité allait enfin être retrouvée, on l'espérait ; enfin les journalistes feraient leur travail de propagande d'information et ne poseraient plus ces questions gênantes sur la volonté du pouvoir d’imposer la théorie du genre dans les écoles, d’arracher les enfants à l’influence néfaste de leur parents, de vouloir changer le sens du mot famille, de vouloir redéfinir le masculin et le féminin.

Mais bon, plus rien n’était certain depuis que les excités de la manif pour tous faisaient du bruit.


Orwell le visionnaire avait imaginé un régime qui exerçait sa tyrannie en contrôlant les esprits depuis l’enfance, en particulier en changeant le sens des mots et des choses. Pour survivre, ce régime avait besoin d’un ennemi plus ou moins imaginaire, ce qui permettait de polariser l’attention et justifiait l’action de la police.


Heureusement que ce n’était qu’un roman. 

 

 

Publié dans décryptage

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