plus (in)digne que moi tu meurs...

Publié le par veni creator

 

Jacques Attali, dans les années 90 , dans un de ses nombreux ouvrages sur la France de demain annonçait que l'euthanasie (de masse) des personnes âgées serait un jour une nécessité pour notre pays , et ceci  autant pour des raisons économique que pour une question de dignité humaine. A en croire les propositions de certains candidats, la prophétie du grand gourou de feu Mr Mitterand serait sur le point de se réaliser... Nous avons glané sur la toile quelques réflexions écrites par un psychologue qui illustrent à sa manière nos propos...

Un homme à assassiné au moins 4 personnes âgées. Il les a empoisonnées. Le coupable à été découvert, il a même tout avoué. Mais bon ce n’est pas très grave, il était médecin, elles étaient très grabataires, il les a simplement aidé à mourir. Normalement tuer 4 personnes qui n’ont rien demandés c’est un meurtre ! D’après ce qu’on sait de ces personnes, elles ne voulaient pas mourir, elles voulaient que leur état de santé s’améliore ; mais bon, il a fait preuve d’humanité et de courage : des personnes âgées grabataires, de toute façon elles étaient condamnées à mourir.

 

Quoiqu’en disent les lobbys qui se sont emparés de cette sordide affaire, l’euthanasie n’a pas grand-chose à voir avec tout ça. A en croire ses partisans  l’euthanasie serait un acte généreux, une mort douce : aider ceux qui le désire et le demandent à mourir librement, sans violence. Or, comme l’affirme le Dr Mirabel nous ne sommes pas dans ce cas de figure : « ces personnes ont été euthanasiées aux urgences, dans une ambiance d’inconfort, d’hyperactivité, de bruit et de lumière qui tranche avec celle qu’on espérerait pour une fin de vie apaisée. Elles ont été euthanasiées au moyen d’une injection de curare, produit qui a pour particularité de paralyser les muscles et en particulier les muscles respiratoires. Pour une mort douce, on pourrait rêver mieux… »

 

Ce fait divers interroge en fin de compte sur le regard qui est posé sur les personnes très âgées considérées comme grabataires : la disgrâce, l’inutilité, la fragilité font violence à ceux qui croient qu’avoir, paraître, maitriser seraient les conditions indispensables à la dignité et au bonheur. La valeur d’une vie se décrèterait-elle en fonction d’une dignité supposée que conférerait la santé, la maitrise de son apparence extérieure, l’indépendance ? Ceux qui travaillent au quotidien avec la dépendance et le grand âge le savent bien : si nous devons tout faire pour soulager les personnes, atténuer au maximum les désagréments liés à l’âge, il n’y a pas de hiérarchie dans la dignité ; les personnes les plus heureuses au sein de nos EHPAD ne sont pas forcément les plus autonomes et les plus valides. La souffrance, même si elle peut rendre malheureux, n’est pas en elle-même l’obstacle majeur au bonheur : quoiqu’on en pense le bonheur n’est pas directement lié à l’état de santé, à la richesse, à l’esthétisme de nos corps. Certes, ces conditions peuvent faciliter le rapport à l’autre et aider à mieux vivre avec soi même ; nous n’avons jamais été aussi riches, beaux et en bonne santé que dans notre époque moderne : les populations sont elles pour autant heureuses, rien n’est moins sûr ! Nous oublions que dans l’expérience de douleur physique, de disgrâce et d’inutilité, la souffrance et surtout le désespoir des personnes dépendantes, résident hélas parfois plus dans un regard et une attitude qui enferme la personne et ne la considère plus autrement que comme un objet de pitié. Non pas que les maux physiques ne soient rien pour la personne, mais c’est aussi la manière dont ils vont être perçus dans le regard de l’autre qui vont la rendre plus ou moins supportable.

Jean-Christophe Parisot qui souffre d’un très lourd handicap et qui auraient toute les raisons, selon les critères de notre époque, de considérer sa vie comme indigne d’être vécu le dit et l’écrit à qui veut bien l’entendre :

« En tant que personne dépendante à 100 % de mon entourage, immobile depuis vingt ans, je le dis avec force, (…) Je souffre et je suis heureux de vivre. A une époque où 16 % de Français déclarent être tentés par le suicide, je voudrais dire combien le bonheur n'est pas lié à la santé. Combien y a-t-il de gens qui sont en pleine santé et qui sont malheureux ? Eh bien ! Il y a des gens qui ne sont pas en bonne santé et qui sont heureux. J'aime la vie, (…).La présence des " soignants " dans notre foyer est une école de dépouillement. Matin et soir, pendant trois heures, quelqu'un vient pour tous les soins intimes. Le soin a quelque chose de mystérieux, je dirais de spirituel. (…) Au moment où un être soulage l’autre, il se passe une déflagration d'amour dont on ne perçoit peut-être pas toutes les conséquences.

Il ne suffit pas de décréter que telle ou telle vie ne vaut plus la peine d’être vécue , ou au contraire d’être contre l’euthanasie pour résoudre le problème et évacuer la peur que la maladie, la dépendance, la grabatisation génère en nous. Il est nécessaire de s’avouer que nous aurions de bonnes raisons d’avoir peur qu’un jour cela nous arrive : que, face à ces personnes qui nous rappellent notre vulnérabilité potentielle, nous préférerions penser à autre chose.

Les personnes âgées dépendantes ne sont pas que ce que nous en voyons. Elles mettent mal à l’aise une société consumériste qui voudrait bien s’en débarrasser. Nous n’assumons pas ce malaise, et nous sommes heureux de l’évacuer en demandant au personnel qualifié des institutions gérontologiques de les soigner et surtout de les cacher loin de nos regards épouvantés. D’où peut-être, ce besoin régulier de les montrer du doigt, de les accuser abusivement de maltraitance. D’où cette fausse pitié à laquelle un grand nombre se raccroche de bonne foi, en affirmant leur désir de les soulager en les éliminant, « par principe d’humanité ».

Seul la rencontre vraie permet de voir la personne très âgée autrement que comme un fardeau pour la société. Seul un regard qui va au-delà des apparences peut percevoir le désir de vivre qui se cache derrière la demande de mort, l’expression du désespoir, la dépression ou l’envie d’en finir ; il est toujours surprenant de réaliser que chez des personnes très dépendantes, un regard, une oreille, une parole attentive peuvent suffire à leur permettre de trouver la paix intérieure : lorsque la vie nous dépouille de nos artéfacts, seul l’essentiel demeure, la présence à l’autre, la vérité du cœur. Ce n’est pas toujours facile pour l’aidant d’y accéder mais cela nous fait grandir ; merci à nos anciens ; merci à toutes ces personnes âgées qui nous font grandir ; merci à toutes ces personnes dont la vie est parfois jugée comme indigne d’être vécu de nous faire découvrir le vrai chemin du bonheur. Quoiqu’en pense les âmes bien pensantes qui veulent garder les mains propres, travailler avec la vieillesse et la dépendance est une chance. Prenons nous vraiment le temps de le faire savoir ?

 

Publié dans euthanasie

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