Maronnier et Retrospective

Publié le par veni creator

Comme tout les ans, la fin de l'année  a été  pour la majorité de nos médias une belle occasion de faire de l'anti-journalisme:

 

Les lendemains de Noël nous ont permis de déguster des marrons glacés traditionnels, ils nous ont aussi offerts un lot de marronniers bien particuliers: en effet, nos médias nous ont proposés,  jusqu'à indigestion,     leurs traditionnels reportages et chroniques sur les services après-vente des magasins débordés les lendemain de Noël.

 

Comme tout les ans, nous avons pu nous apitoyer sur ces pauvres clients, simples bacheliers ne parlant ni chinois ni l'ouzbek anciens pourtant nécessaire afin de déchiffrer certaines notices. Nous avons pu compatir avec ces malheureux parents désespérés ramenant un jouet  hors service n'ayant p as pu fonctionner le jour de Noël. Nous avons été ému par ces utilisateurs de portables et autres tablettes numériques qui ne savaient pas qu'il étaient nécessaire d'avoir un bac plus 15 pour pouvoir les mettre en marche.

 

Nous étions loin de la magie de Noël vendue par les marchants de rêves depuis novembre;

 

Il serait  toutefois injuste de désespérer de la qualité de l'information dans notre pays , car des efforts ont été fait depuis quelques années pour inventer de nouveau sujet récurent de lendemain de fête . En atteste ces magnifiques reportages plein d'émotion et d'originalité sur les sites Internet de revente de cadeau de Noël. Nous avons pu découvrir, sans rire, que ce qui pourrait être perçu comme de la goujaterie pure et simple relèverai en fait  de la citoyenneté écologique (revendre c'est mieux que jeter), une sorte de recyclage post moderne.

 

A leur décharge, nos amis journalistes n'ont peut-être pas trop  le choix: ils sont peut être obligés de trouver cette démarche de revente de cadeaux positive puisque c'est ce qu'ils sont un peu obligés de faire eux-même durant cette période; revendre à leur téléspectateur, des images et des informations déjà offertes durant l'année écoulée. C'est le deuxième marronnier incontournable de l'entre 2 fêtes que l'on appelle la RETROSPECTIVE info de l'année écoulée, qui remplace (ou fait office ) le traditionnel bêtisier qu'enfant, j'aimais regarder le 31 décembre avant minuit. Cette rétrospective consiste en effet à refourguer au consommateur des informations et des images qui lui ont déjà été offertes et qu'il a, suprême ingratitude, oublié depuis longtemps. Durant 7 jours , on s'évertuera à réparer cette lamentable omission. On lui rappellera combien  le PAF a été généreux durant l'année écoulée: comme une mère bienfaisante, il lui a prodigué généreusement et quotidiennement son pain d'émotion, "d'actu", de petites phrases, d'indignation et de suspens politique. Et si l'information délivrée ressemble au final à ces feuilletons brésiliens dont le spectateur se fiche éperdument de l'histoire, ce n'est pas si grave que ça,  l'important c'est que le téléspectateur soit ému et pense le monde en fonction de ses nobles sentiments.

 

 

Moi même, de manière prétentieuse et égocentrique, pour entamer ce blog et la nouvelle année j'avais envie de me soumettre à la tradition: je vous offre donc en avant première ma propre rétrospective médiatico-politique des débats et des idées de l'année 2011 ( ou plutôt des non-débats et de l'absence d'idées vraiment intelligentes que nous ont offerts nos chroniqueurs et polémiqueurs déclarés).

 

Le mot DSK ne faisant pas partie du dictionnaire je résumerais l'année 2011 en 2 mots clés: indignation et stigmatisation

 

L'important  en 2011 c'était d'être indigné..

 

En 2011 tout pouvait être prétexte à indignation: à au moins 3 condition toutefois:

- ne pas être catholique, l'indignation devenant alors du fondamentalisme

- ne pas être trop favorable à l'hétérosexualité au risque d'être accusé d'homo-phobie

- ne pas être indigné par l'humanité débordante et compassionnelle su Dr Bonnemaison.

 

 

 

Du moment où un méchant supposé opprimait une gentille victime, du moment où un juste était  victime d'une injustice vraiment injuste (à condition toutefois de faire partie du lot des victimes ayant droit d'être reconnue comme telle!) , il était de bon ton de s'indigner de tout..

 

Nous ne pouvions  qu'être indigné par cette vidéo circulant sur le net où une Anglaise "monstrueuse" était prise en flagrant délit de noyade de chatons surnuméraire tout en trouvant indigne que rien ne soit fait pour "aider à mourir" nos Alzheimer surnuméraire.

 

Nous ne pouvions qu'être indignée par l'outrecuidance des "climatosceptique '(l'indignation vaut pour tout les mauvais pensant que l'on affuble du septique: euro-septique par exemple. le mot phobe marchant également : euro-phobe ) qui osaient vouloir nous empêcher de jouer à nous faire peur!

 

Nous ne pouvions qu'être indignés par ces pays Africains qui refusent lamentablement de se soumettre à la morale des pays blancs et qui préfèrent se priver de nos généreux programmes d'aide financières et alimentaires. Aides conditionnées par l'obligation de ces pays à adhérer à la morale sexuelle occidentale au mépris de leurs peuples arriérés.

 

nous ne pouvions qu'être indigné enfin par l'ignominie nauséabonde  de ceux qui ont osé émettre un lien de cause à effet entre la pornographie omniprésente dans la vie des adolescents et la recrudescence de violences sexuelles entre jeunes post pubères.

 

Les raisons de s'indigner étaient effectivement fort nombreuses.

 

En 2011 la présomption d'innocence à fait place à une présomption de stigmatisation. Nouvelle arme efficace, en politique où dans le domaine des moeurs, pour imposer ses idées et interdire tout débat.

 

Un député aurait eu le malheur de faire son boulot en constatant que certains culs de jatte breton profitaient indûment de subventions initialement destinées à favoriser l'achat de chaussures pour marathonien unijambistes. Il se serait interrogé sur la pertinence et l'efficacité de cette mesure sociale, sans le savoir il aurait alors stigmatisé d'un coup et un seul les cul de jatte, les bretons, mais aussi les unijambistes qui ne sont tout de même pas responsable du fait qu'ils ne peuvent pas courir le marathon! Notre député aurait  non seulement tord, puisque remettant en cause un acquis, mais il aurait commis une grave faute morale, un crime qui lui vaudrait d'être dénoncé par ses adversaires, écolo  ou défenseurs auto proclamé des victimes et des opprimés. Dénonciation qui lui aurait valu alors, soit le droit de s'excuser auprès des bretons, des unijambistes, des culs de jatte mais aussi des marathoniens et des éditorialistes et interviewer politique du matin, ou alors l'exil médiatique sous l'opprobre et les quolibets..

 

En 2011 le débat politique a été atteint d'une grave maladie: le syndrome de la "stigmatite". Il n'a plus été possible par exemple de réfléchir sur la manière d'aider les plus miséreux à s'en sortir. Proposer aux personnes bénéficiant du rmi (RSA) de pouvoir remettre un pied à l'étrier en donnant quelques heures par semaine à la collectivité devenait une affreuse manière de les stigmatiser, de les considérer comme des fainéants(!). La seule réponse possible étant soit de se taire, soit de surenchérir et de caricaturer la misère pour se faire entendre.

 

En fin de compte, le plus triste n'était pas que le présumé stigmatiseur soit stigmatisé, mais qu'il perdait  le droit de se voir contré par des arguments sensés, intelligents  et raisonnés. La morale de l'indigné étant plus forte que la raison.

 

D'autres mots ont aussi fait l'actualité de 2011, par exemple sidération (DSK en sait quelque chose), relans nauséabonds (très à la mode avant l'été) ou encore, précarisation. Des mots chargés d'émotions qui nous révèlent sur quoi et comment on construit l'opinion.

 

Une note d'optimisme toutefois. A force d'être utilisés n'importe quand et pour n'importe quoi, à force d'être relayés, pressurisés, manipulés, ces mots destinés à faire taire tout débat, perdent considérablement de leur forces et finissent par rendre les gens indifférents et pourquoi pas créer l'effet inverse.

 

Le besoin  de s'indigner reflète aussi que nos contemporains ne sont pas si anesthésiés que cela et qu'au fond d'eux subsiste une quête de vrai, de justice et finalement une aspiration à autre chose qu'au matérialisme ambiant.

 

Les français ayant eu leur dose d'indignés de tout poils (et même des indignées qui manifestent à poils!) et leurs guirlandes de stigmatisés de toute sortes, la campagne de 2012 pour intéresser devra trouver d'autres chemins. Espérons que ce en soit pas celui des caniveaux!  

 

Publié dans humeur

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