« Incidents » et ordre républicains

Publié le par Alain Versedetout

 

 

Interpellé par les députés après les émeutes, les violences et les pillages les « incidents » survenus lors de la fête organisée par le PSG pour célébrer le titre de champion de France, le ministre de l’intérieur l’a rappelé avec assurance et autorité : ce n’étaient que quelques casseurs, au pire des cas, des ultras d’extrême droite, pas de quoi couper des têtes, et puis « c’est à droite qu’est le camp du désordre » et « à gauche le camp de l’ordre républicain. ».CQFD



 

L’ordre républicain, voilà-t‘y pas quelque chose de formidable : à l’instar des mots « racisme », « homophobie », « égalité », « citoyenneté », « sexisme », il y a des mots passe-partout qui ont le don magique de faire taire l’adversaire, de l’enfermer dans la honte et l’opprobre médiatique générale ; « si tu n’es pas d’accord avec l’ordre républicain que je t’impose, si tu n’es pas pour la citoyenneté ou le mariage pour tous,  tu n’e qu’un horrible antirépublicain, un ennemi de l’égalité et de la justice, un salop, un fasciste… tu n’as pas le droit à la démocratie. »


En France, il y a donc un camp du désordre et un camp de l’ordre ; mais attention, pas n’importe quel ordre, celui de  L’ORDRE REPUBLICAIN. Pour les lecteurs qui auraient du mal à différencier les choses, une leçon d’endoctrinement de pédagogie s’impose, ce qui tombe plutôt bien, puisque  le gouvernement nous a expliqué récemment que les mauvais sondages étaient liés à un déficit de pédagogie et qu’une petite conférence de presse pourrait surement y remédier.


L’ordre républicain, ce n’est pas de l’ordre. Depuis 68 nous le savons, l’ordre c’est du fascisme. Or, ceux qui font le désordre actuellement sont d’odieux fascistes, preuve, que l’ordre républicain, c’est quand même plus que du maintien de l’ordre, c’est une œuvre de salubrité public, une épuration de la cité de la gangrène conservatrice qui la menace.


Si tu es jeune et que tu viens exprimer ta joie de recevoir ton lot quotidien de pain et de jeu, que malencontreusement, à l’occasion, tu casses, tu pilles, tu frappes, tu détrousses, tu blesses gravement des policiers, si tu commets un crime de lèse-majesté si tu voles la carte de presse de plusieurs journalistes et détruit leur caméra, tu seras alors l’auteur d’incidents regrettables. On expliquera qu’on ne doit pas faire d’amalgame avec les cités par ce que se serait populiste, et puis, si la télévision diffuse des images, on pourra toujours dire que tu es sans doute un odieux extrémiste du GUD qui n’a rien à voir avec le foot et plutôt à voir avec les porteurs de tee-shirt odieux rose ou bleu, ce qui justifie qu’à un moment les CRS interviendront pour te canaliser. Mais tout de même, comme il y a un doute, afin d’éviter une lamentable erreur judiciaire et qu’il faut que l’ordre soit juste et républicain, il faudra attendre que les dégâts soit commis, et intervenir « en douceur » . Comme le disait un responsable de la police parisienne « il ne fallait pas les provoquer, il fallait répondre doucement sans y aller trop fort pour ne pas les énerver », car quand même, on n’était pas complètement certain d’avoir affaire à d’affreux extrémistes mais plutôt à des jeunes brimés par la société au point d’être malade des nerfs. Au final, on arrivera à peine à appréhender une 20ène de racailles de hooligans, histoire de calmer le bourgeois en colère et de montrer aux journalistes que l’ordre républicain c’est quand même quelque chose de sérieux. Et si la plupart ont été relaxés, c’est bien la preuve qu’en France il ya un ordre juste.

 

Par contre si tu manifestes une bougie à la main, que tu portes un tee-shirt de la manif pour tous appelant à la plus horrible des discriminations , que tu bois un coup près des champs Elysée avec des amis trop bien coiffés ou que tu accueilles un ministre en vadrouille à coup de « Taubira ta loi on n’en veut pas », là il ne faudra pas hésiter. On te sautera dessus, on te gazera, on te matraquera sans ménagement, car quand même tu l’auras mérité. Tu menace gravement l’ordre républicain et tu as tord. Tu finiras gazé ou en garde à vue avec d’autres méchants extrémistes, ennemis de l’ordre et de la république : vous ne serez pas 20, mais plutôt40, voire 70 tout les soirs, ce qui prouve, que la police fait son boulot. Cela clouera le bec aux quelques impudents qui osent affirmer le contraire. Le ministre expliquera qu’avec des salops pareils l’ordre républicain était gravement menacé et qu’il fallait bien mobiliser 200 CRS gare de Lyon pour canaliser à coup de lacrymo et de matraques les excités de la manif pour tous, plutôt que de les mobiliser au Trocadéro où la fête allait être bon enfant.

 

 Quoiqu’en pensent les partisans du désordre, l’ordre républicain est donc bien maintenu en France : la preuve, l’arrestation arbitraire de 52 opposants pacifiques au mariage pour tous l’arrestation, le même soir des incidents, de dangereux activistes, atteste que notre ministre veille sur notre sécurité. Alors que les jeunes qui se sont exprimés un peu bruyamment au Trocadéro, étaient surtout des victimes de la discrimination, les personnes interpellées elles, étaient de dangereux homophobes qui n’avaient rien cassé mais tout de même ; de toute façon, il est nécessaire de le faire croire, de le dire et de le répéter, par ce que de toute façon, ils sont coupables et condamnables. Ils ont osés s’opposer au gouvernement  de l’enfumage du bon peuple pour masquer  l’incompétence et l’impuissance, de l’idéologie déconnectée du réel mais ce n’est pas grave puisqu’on est censé être dans le camp du bien,  de la justice enfin retrouvée, de l’égalité enfin incarnée, de la discrimination enfin combattue.

 

Depuis les « incidents » du Trocadéro, les moralisateursenfument le bon peuple nous expliquent qu’il était quand même impossible de prévenir les « débordements » et qu’on ne pouvait tout de même pas arrêter des jeunes avant qu’ils n’aient commis « des actes délictueux » (la kiosquière du Trocadéro qui a vu les économies de toute une vie détruit en quelques minutes apprécie encore la délictuosité des faits). On ne pouvait quand même rien faire face à des jeunes pacifiques qui n’avaient rien fait de mal. Et puis, il est de de toute façon illégal et anti républicain d’arrêter quelqu’un qui n’a rien fait , sous prétexte qu’il porte un sweet à capuche, et qu’après tout la batte de base ball qu’il avait avec lui pouvait très bien être destiné à des jeux de plein airs innocents, sains et revigorants .… les personnes arrêtés ces derniers jours pour port de tee shirt et/ou suspicion de rassemblement pacifique à venir comprendront mieux ainsi le sens de l’égalité républicaine.

L’avantage de l’ordre républicain, c’est qu’on peut en son nom transgresser les lois de la république quand la sécurité de la république l’exige.

 

Notre ministre n’a donc pas tout fait tort : dans cette affaire, l’ordre républicain a été rétabli très rapidement. Le mardi, lendemain des évènements, les journalistes avaient été obligé de poser la question de la compétence du préfet et de la responsabilité du gouvernement dans cette histoire, ce qui faisait terriblement désordre. Heureusement, dès le mercredi, les médias ont eu l’extrême pudeur de remettre de l’ordre dans le traitement de l’information : ils sont sortis des polémiques stériles, ils ont restreints leurs ardeurs à critiquer le ministre et son pauvre préfet qui n’avaient fait que leur devoir; et puis, il avait commandé un rapport sur la chose et il fallait laisser le rapporteur faire son travail. .Ils ont su élever le débat, prendre de la hauteur de vue. Nos courageux faiseurs d’opinion se sont alors polarisés sur l’odieuse responsabilité du PSG, sur le « qui va payer » et sur le fait qu’il ne fallait surtout pas stigmatiser la banlieue qui n’y était pour rien. Ce n’est pas sous le nabot qu’on aurait eu pareil retour à l’ordre : Sous Sarkozy, on aurait polémiqué pendant au moins 8 jours sur la responsabilité du gouvernement, voire du président, et le risque d’instrumentalisation de cette histoire par l’extrême droite. Le climat aurait été malsain et l’ordre républicain aurait été menacé. C’est beau la démocratie, quand l’ordre républicain règne.


Ces milliers de jeunes qui tous les soirs, veillent bougie à la main en écoutant des poèmes, ces simples mères de familles qui ne ressemblent pas au « catho à serre tête et jupe plissée », ces familles qui défendent non pas leur intérêt personnel mais l’intérêt collectif, ne sont-ils pas une horrible provocation à l’ordre républicain ? Une tâche dans cette république ordonné actuellement par l’imposture intellectuelle et le mensonge qui semblent les seul maitres mots de ses dirigeants ?


Tant que l’on fera semblant de na pas voir que les opposants au mariage pour tous ne ressemblent pas à la caricature que l’on fait d’eux, tout ira pour le mieux dans la meilleure des républiques. L’ordre républicain permettra d’entretenir l’illusion que le camp du bien combat contre le camp du mal.


Tant que l’on fera semblant de ne pas voir la situation désastreuse de nos banlieues, qu’il ne faut surtout pas stigmatiser, les choses iront pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’ordre républicain continuera à permettre à nos énarques coupés du réel  de se partager le pouvoir, les petits fours, le champagne et les votes des populations dites sensibles.

 

Et puis si vraiment l’ordre républicain était un jour menacé, nos gouvernants dans leur ardeur à défendre la république menacée pourront toujours s’inspirer de Robespierre qui, lui aussi avait eu pour mission de défendre la république et d’instaurer l’ordre républicain. Les milliers de guillotinés et la Vendée ont particulièrement apprécié cet ordre là.

 

Publié dans humeur

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