Eh oui, Contre-Courant renoue avec les articles de fond, que nous espèrons publier de plus en plus fréquemment.
Serait-ce un nouveau départ pour le blog? Quoi qu'il en soit, chers lecteurs, nous vous invitons à suivre l'exemple de nôtre cher Michaël Touiti, qui nous propose aujourd'hui le
compte-rendu d'une conférence de Terra Nova sur le sommet de Copenhague, le 7 novembre dernier.
« Qu’attendre de Copenhague ? » par Pierre Radanne
Compte-rendu de la conférence Terra Nova du 07/11/2009
Pierre Radanne en bref :
Expert reconnu de l’énergie et des problématiques climatiques et environnementales, Pierre Radanne fut président de l’ADEME de 1998 à 2002. Ayant participé à l’ensemble des négociations internationales sur l’énergie et le climat entre 1992 et 1997, il fut l’un des principaux négociateurs de la délégation française lors du sommet de Kyoto. Directeur adjoint de cabinet de Dominique Voynet en 1997 puis chargé de la prospective long terme de la Mission Interministérielle de l’Effet de Serre auprès des services du Premier Ministre en 2003, il préside aujourd’hui l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable) et dirige Futur Facteur 4, entreprise de conseil et d’étude qu’il a crée en 2004 et qui assure notamment la formation de négociateurs africains pour les conférences des Nations Unies sur le changement climatique.
Il est également l’auteur de L’énergie dans l’économie publié en mars 1989 aux éditions Syros et d’ Energies de ton siècle, publié en octobre 2005 aux éditions Lignes de repères.
Pour plus d’informations : http://pierreradanne.fr/default.aspx
Un rapide retour sur les enjeux du sommet du sommet de Copenhague
Nous ferons ici l’économie d’égrainer les informations « de base » maintes fois exposées par les média, pour simplement mettre en lumière quelques données essentielles à la compréhension des enjeux du sommet qui se tiendra du 7 au 18 décembre prochain.
Trois avancées scientifiques sont à retenir dans la période qui a précédé la reconnaissance du réchauffement climatique comme une problématique mondiale majeure : 1826 avec la mise à jour par Fourrier des propriétés des gaz à effet de serre, 1896 avec le décryptage de ce dernier par Arrhenius, et surtout 1985 avec la reconstitution du climat des 150 000 dernières années grâce à la découverte des plus grandes carottes glacières accessibles jusqu’alors (nous parvenons aujourd’hui à retracer 300 000 ans d’histoire climatique), reconstitution qui, pour la première fois, établissait un clair lien de causalité entre concentration de CO2 dans l’atmosphère et hausse de la température terrestre.
7 ans plus tard, le sommet de la terre de Rio consacrait l’apparition de la notion de développement durable et établissait les premières règles qualitatives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il fut suivi en 1997 du sommet de Kyoto dont le célèbre protocole a fixé les objectifs quantitatifs à atteindre d’ici 2010 pour les pays développés. L’enjeu de Copenhague est donc double : l’accord qui doit y émerger doit non seulement réussir à imposer de nouvelles réductions d’émission pour la période post-2010, mais il a également à inclure l’ensemble des pays de la planète.
Au regard de l’ampleur du défi que représente le réchauffement climatique, un engagement fort et planétaire est en effet impératif. Un rappel de quelques donnés simples suffit à s’en convaincre :
- Seule l’amplitude de ce changement climatique est donc maîtrisable. Les hypothèses bases tablent sur un réchauffement de 1.5°C d’ici à 2100, les plus pessimistes sur une hausse de 6°C. Si ces chiffres peuvent paraître faibles au regard des variations saisonnières voire même quotidiennes de la température, il est utile de rappeler qu’une hausse de 6°C de la température terrestre a suffi à sortir le monde de la dernière ère glaciaire…
- Les effets potentiels du réchauffement toucheront avant tout les pays déjà fragiles. Ainsi, les zones tropicales, verront se réduire encore un peu plus les précipitations, une baisse déjà en cours et qui a par exemple entraîné une chute de 30% de la production agricole marocaine.
- De nombreux mécanismes entretiennent et amplifient le réchauffement : née de ce dernier, l’augmentation de la température des mers entraîne une moindre absorption du CO2, celui-ci étant moins soluble dans les eaux chaudes. La même logique s’applique pour la déforestation qui outre des émissions représentant près de 20% du total mondial, réduit le potentiel de captation de CO2 par la biomasse.
- Le non-respect de leurs engagements par certains pays, la non-ratification du protocole par les Etats-Unis ou encore l’absence d’objectifs chiffrés imposés aux puissances émergentes ont conduit à une augmentation de 30% des émissions annuelles de CO2 depuis Kyoto.
Le réchauffement climatique constitue donc la première question politique véritablement mondiale de l’histoire humaine : elle lie par un impératif de solidarité l’ensemble des pays du globe partageant ce bien indivisible que représente le climat et implique l’ensemble des citoyens de la planète, l’extrême fragmentation des émissions (en France, 50% de celles-ci proviennent des ménages) conférant un poids réel aux initiatives individuelles.
Les experts s’entendent sur un objectif de limitation de la hausse de la température terrestre à 2°C. Pour y parvenir, le sommet de Copenhague devra aboutir à un engagement de division par 2 des niveaux d’émission d’ici à 2050.
Dans les coulisses de Copenhague
Les négociations climatiques marquent le retour d'une véritable opposition Nord-Sud, jamais vue depuis la fin des mouvements de libération nationale. Contrairement aux cycles de l'OMC ou aux tractations s'opérant au sein du FMI, les pays du Sud disposent d'un véritable pouvoir de négociation puisque seul un engagement global et collectif permettra de lutter efficacement contre le réchauffement.
Trois groupes de force principaux sont à l'œuvre dans ces négociations:
- les PVD (G77 et Chine) estimant qu'au regard de la dette historique du Nord, c'est à celui-ci d'imaginer un nouveau modèle conciliant réduction des émissions mondiales et droit au développement des pays pauvres.
- les pays « pleins » du Nord (Europe, Japon) : les plus sensibles aux enjeux du développement durable au vu de leur histoire et de leurs potentialités naturelles (industrialisation ancienne, épuisement de leurs ressources naturelles propres, traumatisme des chocs pétroliers).
- les pays « vides » du Nord (Etats-Unis, Canada, Russie, Australie) dont la tendance naturelle au développement extensif et peu regardant des problématiques écologiques (faible densité, importantes réserves énergétiques et territoriales) est pour la première fois confrontée à l'impératif global de préservation de la planète. La non-ratification du protocole de Kyoto par les Etats-Unis a notamment incité à certains pays de s'exonérer de leurs engagements internationaux. Cependant, cette posture constitue également une importante faiblesse dans les négociations à venir au regard de la pression internationale qui s'exerce sur Washington, une pression que saura sans nulle doute exploiter la Chine.
Les exigences non négociables de ces groupes d'intérêt rendent caduques deux des quatre entrées traditionnelles de la négociation climatique :
- la limitation à 2°C du réchauffement impliquant une division globale par 2 des émissions de gaz à effet de serre est rendue impossible par la mise en avant par le Sud de son droit au développement. Comment du reste imposer une réduction aussi drastique de leurs émissions à des pays en pleine frénésie de développement (40% du béton mondial est actuellement coulé en Chine) et dont la croissance économique constitue une condition sine qua none de la stabilité politique? Il est ainsi inutile d’espérer voir la Chine ou l’Inde renoncer à l’exploitation de leurs immenses réserves de charbon, combustible à la fois bon marché et essentiel au soutien de leur envolée économique. Des solutions d’accompagnement sont néanmoins envisageables comme par exemple le développement de système de captation et de stockage du CO2 ou le développement d’autres sources d’énergie (la Chine construit certes plus d’une centrale à charbon par quinzaine mais installe également plus d’éolienne que l’Europe).
- un engagement quantitatif unilatéral des pays développés pour la période 2012-2020, à l'image de ce qui a pu se faire à Kyoto est confronté à l'opposition des pays ayant d'hors et déjà « dérapé » par rapport à leurs objectifs de 1997 (Canada, Espagne), à la volonté d'intégrer l'Inde et la Chine à ce cadre contraignant ainsi qu'au refus traditionnel des Etats-Unis de souscrire à tout engagement international contraignant (Kyoto, TPI, convention d’Ottawa…).
Autre entrée potentielle de Copenhague, le financement des mesures d'adaptation et des transferts de technologies (évalués à 150 milliards de dollars par an) subit l'hypothèque de la crise.
Seul un engagement garantissant un passage généralisé de tous les pays à l'action, les subsides destinés au Sud étant conditionnés à la mise en place de mesures efficaces, apparaît donc comme une base crédible de négociation. Potentiellement consensuel mais vague, cet engagement doit être accompagné d'objectifs quantitatifs nationaux précis à l'échéance 2020:
- l'Europe est prête à s'engager à hauteur d'une réduction de 20 à 30% de ses émissions si un accord global est conclu, un objectif ambitieux au regard de ses objectifs de Kyoto (-8% sur 22 ans).
- aux Etats-Unis, la loi Kerry-Boxer vise une réduction de 3% des émissions (contre une hausse de 17% en 2008 par rapport au niveau de 1990).
- le Japon est prêt à réduire d'un quart ses émissions de gaz à effet de serre.
- le Canada réclame une autorisation d'accroître ses émissions de 6%, son dérapage par rapport aux objectifs de Kyoto (+35% par rapport à son niveau de 1990) lui paraissant irrattrapable à moyen terme.
La question du financement des aides et transferts de technologies conditionnés reste également à trancher, des dons volontaires des pays développés étant peu probables, a fortiori en période de crise, alors même que les sommes à mobiliser (150 milliards de dollars annuels) pourrait constituer un formidable levier de développement et de croissance partagée, transfert de technologie rimant nécessairement avec achat de services, d’expertise et d’équipements du Nord par le Sud. La position norvégienne est cependant à saluer. Assis sur une manne pétrolière considérable, ce pays a en effet choisi d’allouer 500 millions d’euros pendant 5 ans à la lutte contre la déforestation, une décision d’autant plus exceptionnelle qu’elle répond à la volonté explicite du gouvernement de ne pas voir sa population et son économie viciées par cette rente ! La proposition de financement émise par le Mexique constitue cependant une base solide en vue des négociations à venir. Celle-ci repose sur la mise en place d’une contribution obligatoire calculée à la fois selon le principe pollueur-payeur et en fonction de la richesse de chaque pays. Cette initiative a reçu le soutien d’une large majorité de pays, à l’exception notable des Etats-Unis.
Enfin, la nature juridique du texte qui sera adopté à Copenhague est également sujette à débat : traité (à ratifier), accord ou simple déclaration de principe? Cette dernière alternative, décevante, semble probable. Elle pourrait néanmoins avoir valeur d'engagement ouvrant la voie à la rédaction future d'un traité.
Le défi immense à relever, qu’il s’agisse de contrer la menace climatique ou, plus concrètement, de l’ampleur des changements structurels à adopter (les transports sont par exemple dépendant à 98% du pétrole), doit nous forcer à inventer une nouvelle mondialisation durable et solidaire et ce, bien au-delà du simple mais ô combien symbolique sommet de Copenhague. Dans cette optique, le marché des droits à polluer mis en place à Kyoto, bien qu’à réformer, constitue un outil de transformation et un exemple de premier choix permettant de concilier logique de marché et mécanismes de planification, productivité économique et durabilité et réalisant in fine le vieux rêve de Montesquieu d’une économie rémunérant la vertu. C’est en définitive au génie politique que reviendra la lourde tâche de penser et de formuler les nouvelles promesses permettant le passage d’une société de consommation à une société de connaissances et de relations.
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On parle de la gauche, de la droite, mais
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